FIBRE D'ORTIE

FIBRE DE LIN

MÉTIER À PESONS

PESONS ET FUSAÏOLES

FOURREAU DE POIGNARD EN LIBER DE TILLEUL / PELOTE DE LIN ET NAVETTE EN OS

en cours de rédaction

 

en supplément : "tissage sur un métier vertical à pesons"

 

https://www.youtube.com/embed/VSy3Fjif9xE

 

 


 

 

 en cours de rédaction

 

en supplément : "le monde secret des arbres"

 

https://www.youtube.com/embed/yTInvQ5Mb1I

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

This painting was thought to be a self-portrait until 1935

La Bohémienne, v.1628-1630

Banquet des officiers du corps des archers de Saint-Georges, 1616,

Bouffon au luth, v.1623-1624,

Jeune garçon riant, v.1620-1625,

 

FRANS HALS

La modernité impressionniste

et l’exultation de l’Age du Baroque

 

Gérard Saccoccini

 

 

Frans Hals est né à Anvers en 1581 (selon certains historiens en 1585). Après la prise de la ville par l’armée espagnole, sa famille émigre pour des raisons religieuses à Haarlem où le père est engagé chez un drapier. Il livre alors l’image d’un personnage bien différent du joyeux drille porté sur la boisson que se complut à décrire le 19ème siècle et démontre l’importance sociale du peintre en même temps que ses préoccupations littéraires (lesquelles pourraient expliquer la place du langage symbolique dans ses œuvres).

 

Le 17ème siècle est l’Age d’Or de la peinture hollandaise avec plus de cinq millions de tableaux produits.

Puissance maritime de premier rang, la riche bourgeoisie qui génère un développement commercial exponentiel pratique un mécénat et une commandite de nature à favoriser des formes artistiques nouvelles.

Avec la thématique nouvelle des œuvres, la naissance d’un véritable marché des œuvres d’art fut une des plus grandes réussites économiques et un des plus grands facteurs d’enrichissement du 17ème siècle hollandais.

Avec une spécificité particulière et un pathos de l’Age du baroque profondément néerlandais, l’art pictural hollandais s’est préservé de la tutelle idéologique religieuse issue du concile de Trente.

Par contre, le rigorisme étriqué et puritain du calvinisme tout puissant imposé à tout le peuple le tiendra à l’écart des représentations des nudités provocantes de Caravage et des chairs plantureuse de Rubens.

 

La plupart des documents d’archives établissent que la carrière de Frans Hals s’est déroulée tout entière à Haarlem et font état des innombrables difficultés financières qui ont assailli le peintre ainsi que du comportement de deux de ses enfants, plus ou moins anormaux, placés par la ville en maison de correction.

Il forme de nombreux élèves : ses sept fils, son frère Dirk, Judith Leyster (1609-1660) qui l’a suivi avec tant de discipline que nombre de ses toiles ont été attribuées à Hals lui-même, le mari de celle-ci, Jan Miense Molenaer inégal mais talentueux, Adriaen et Isaac van Ostade dont les scènes paysannes sont les motifs favoris comme elles le sont pour le flamand Adriaen Brouwer lors de son séjour dans l’atelier de Haarlem.

L’état d’extrême dénuement des dernières années de sa vie incite la guilde, en 1661, à le dispenser de la redevance annuelle.

En 1662, la ville lui alloue une pension de 150 florins qui lui sera versée jusqu’à sa mort.

En 1644, sa promotion à de hautes fonctions au sein de la guilde est compromise par une condamnation prononcée pour insolvabilité sur la plainte d’un boulanger. Dix ans plus tard, pour s’acquitter d’autres dettes contractées auprès d’un cordonnier, il devra vendre ses biens (trois matelas et traversins, une armoire, une table et cinq peintures de lui et de ses élèves).

En marge de son activité de peintre, il a travaillé toute sa vie pour subsister chichement, tour à tour restaurateur de tableaux, marchand d’art et expert au sein du conseil municipal pour le recouvrement fiscal des taxes sur les œuvres d’art. Trois chars de tourbe par an lui sont alloués et une pension de 200 florins vient s’ajouter à celle de 150 florins, déjà attribuée en 1662.

Il meurt à Haarlem en 1666. Enterré dans le chœur de la cathédrale Saint-Bavon, il laisse sa veuve, Lysbeth Reyniers, dans le plus complet dénuement. Elle décèdera quelques temps après à l’hospice public.

 

On est surpris de constater que la production de Hals, comprenant essentiellement des portraits et quelques scènes de genre, n’a pas été considérable alors que la facture énergique, pleine de décision et de sûreté, suggère une grande vitesse d’exécution que ne ralentit pas le soin apporté à la présence du visage et à l’éloquence des mains.

 

La liberté totale du jeu du pinceau parvient à suggérer la forme dans l’entité que doit être l’œuvre peinte, avec une écriture allègre et vagabonde, et convie le spectateur à un passionnant voyage dans l’expression humaine. Ses tableaux jouent un rôle essentiel dans la mise en place de la philosophie sous-jacente à la peinture hollandaise de genre. L’amour particulier de la vie et du monde s’exprime au travers de personnages à l’intense jubilation intérieure.

Après deux siècles d’oubli, il fut redécouvert à la fin du XIXème s. et son œuvre allait jouer un rôle important dans le débat sur l’Art Moderne.

 

 

Malle Babbe, v.1633-1635

Catharina Hooft et sa nourrice, v.1619-1620,

Le Mulâtre, 1627,

JUDITH LEYSTER

Self-portrait

JUDITH LEYSTER

Jeune joueur de flûte

 

LES HASARDS HEUREUX DE L’ESCARPOLETTE

(OU LES JOIES DE L’ADULTÈRE)

 Gérard Saccoccini

Connu pour la philosophie développée par ses grands esprits éclairés qui lui valurent ce qualificatif élogieux, le Siècle des Lumières l’est beaucoup moins pour ses aspirations au plaisir, à l’exultation et à la jouissance dont on peut considérer que le premier jalon fut posé par la mort de Louis XIV, l’apogée de cet état se situant sous la Régence de Philippe de France et se prolongera pendant le règne de Louis XV.

La Révolution Française en signe le déclin et la période 1789 - 1815 y met le point final. Et l’on peut ainsi constater que les règles et les comportements évoluent en même temps que s’atténue le poids de la morale.

 

Jean Honoré Nicolas Fragonard est né le 5 avril 1732 à Grasse. Son père François est garçon gantier dans une ville où la tannerie est prospère et où l’art de parfumer les peaux importées par les gantiers-parfumeurs florentins de Catherine de Médicis est à son apogée. Adossée aux premiers ressauts des pré-alpes, entourée d’une magnifique ceinture d’oliveraies et de cultures florales ponctuées de cyprès, la ville s’est développée autour de l’imposante cathédrale occupant le sommet de la colline du Puy. L’habitat médiéval du centre historique, composé d’édifices étroits bordant de sombres ruelles, s’orne d’hôtels particuliers aux façades discrètes, seulement signalés par des par entrées aux portes plus imposantes.

 

Pour ce qui est du tableau, il s’agit d’une représentation légère et plus particulièrement d’une représentation érotique. Fragonard en met magistralement en scène le fantasme ; en pleine lumière, une très jeune femme au frais minois, de fort belle tournure, s’adonne aux joies de l’escarpolette dans une envolée de jupons chiffonnés aux couleurs pastel. Elle joue de sa beauté et de son corps et son air de femme-enfant fait naître le fantasme dans l’esprit du jeune homme, dissimulé derrière un rosier, que les savantes gradations de l’éclairage nous révèlent peu à peu. Inaccessible sur sa balançoire, dans l’intimité propice de la ramure, elle est l’élément fondamental de ce jeu de regards et la clef de lecture de l’état d’esprit libertin de l’époque.

 

Dans un décor de bonbonnière, Fragonard présente la jeune femme comme une sucrerie délicate et témoigne ainsi de la manière d’aborder la sexualité par la société de l’époque. Les regards s’évitent, puis se croisent, et la lumière des visages révèle cette soudaine « surprise de l’amour » que Marivaux met à l’honneur dans toutes ses pièces ; jeux subtils, hasards heureux, fortuits ou provoqués, à l’origine d’un genre nouveau : le marivaudage.

 

Cette explosion de trames soyeuses et de tons joyeux sera qualifiée de « tartouillis » par ses détracteurs et par Madame Du Barry, dernière favorite du roi Louis XV qui le jugeait vieillot et dépassé et refusa les quatre grands panneaux muraux, sur le thème des Progrès de l’Amour, qu’elle avait commandés pour sa résidence de Louveciennes.

Mais si les modes ingrates et passagères firent reléguer ses œuvres aux oubliettes, elles traversèrent tout de même les siècles pour continuer à vivre dans les plus grands musées et dans la splendide demeure newyorkaise du magnat de l’acier, Henri Clay Frick.Le grandiose manoir néoclassique, construit à Manhattanentre la 70ème et la 71ème rue, au carrefour de la 5ème avenue, abrite plus de mille cent œuvres d’art, parmi lesquelles la peinture française constitue l’un des centres d’intérêt avec des salles dédiées à FrançoisBoucher et à Fragonard.

 

Dans l’ancien cimetière de Montmartre, sa tombe a disparu pour laisser la place à une autre concession. Une simple plaque de marbre indique aujourd’hui le lieu où fut enseveli le peintre délicat et subtil de la femme, de la beauté et de l’amour.

 


 

Le STATUT de la FEMME dans la CIVILISATION ETRUSQUE ITALIQUE

Gérard Saccoccini

 

L’arrivée légendaire (ou supposée) des Etrusques en Italie méridionale prend place au XIII° s. AvJC., sur la côte occidentale d’Italie méridionale, repoussant vers l’Apennin central les populations ombriennes qui occupaient les plaines littorales. Ils jetèrent les bases d’un puissant empire qui perdura jusqu’au développement de la suprématie romaine, au III° s. Av.J.C., auréolé du mystère de l’inconnu de ses origines et dont les expressions sociales, culturelles et artistiques furent, par méconnaissance, jusqu’au XIX° siècle, rattachées ou amalgamés au groupe hellénique.

Les résultats des recherches et fouilles récentes nous mettent en présence d’une civilisation extrêmement brillante, fortement imprégnée d’hellénisme, qui donna à Rome ses origines et ses structures et dont le rayonnement culmina entre le V° et le III° s. AvJC., au point que Tite Live (I 2,5) écrira : "...telle était la puissance de l'Etrurie que son renom remplissait terre et mer, d'un bout à l'autre de l'Italie, des Alpes au détroit de Messine"

 

A la différence des grecques et des romaines, la femme étrusque occupe une place importante dans la société. Nonobstant le fait que nous ne retenons qu’une période de 10 siècles précédant l’ère chrétienne et seulement la classe plutôt aisée de la société, son image bien qu’évolutive révèle une femme bénéficiant d’un statut égalitaire, harmonieusement insérée dans la vie de famille et dans la société civile. Accédant à toutes les fonctions, elle joue un rôle important sur le plan politique, administratif et même militaire comme l’attestent les vestiges des nécropoles, peintures, sculptures, sarcophages. La parité joue à plein.

La civilisation des Etrusques italiques, par rapport aux civilisations contemporaines, et notamment dans le monde méditerranéen, est une entité particulière quant à la place que tient la femme. Aux côtés de son mari, elle partage une vie de famille égalitaire en droits et fonctions, insérée dans un tissu social où son rôle est prépondérant.

Présente autant aux cérémonies publiques, qu’elle peut présider, qu’aux cérémonies privées, elle participe activement aux actes de la société dans laquelle, selon les auteurs anciens, « elle sort, sans rougir pour être exposée aux regards masculins ».

Les scènes de symposion (banquet étrusque) réunissant la gens d’une maisonnée, livrent un moment de la vie quotidienne domestique qui témoigne des liens qui unissent les éléments du couple. On est frappé de la place que la femme tient dans les scènes de la vie, étendue au cours du festin aux côtés de son compagnon, pratiquant les exercices physiques et assistant aux jeux étrusques avec une liberté et une indépendance contrastant fortement les règles des sociétés antiques.

 

Le statut particulier de la femme dans la société étrusque confirme la position élevée atteinte par celle-ci dans l’échelle sociale. Dans la classe aristocratique, il est remarquable de constater la considération dont jouit la famille de provenance de l’épouse et les règles de l’onomastique procèdent d’un même concept égalitariste car l’état civil de la femme écarte l’agrégation au nom de l’époux. A noter que les épigrammes funéraires rapportent en priorité le matronyme précédé du prénom, témoignage de l’individualité dont jouit la femme au sein du groupe familial.

 

Le développement, le déclin et la chute finale de cet Empire occupent les premiers siècles du destin de l'Italie et attestent que, bien avant Rome, les Etrusques faillirent unifier la péninsule et modifier le cours de l'histoire.

Mais l’absence de cohésion et d’alliance entre les peuples des différentes lucumonies (ou nations) étrusques ont scellé l’inexorable destin et la disparition des Toscans.

Avec eux disparaissait aussi la plus brillante civilisation féministe de l’Antiquité.

 

 


 

DE JEROME BOSCH A PIETER BRUEGEL L’ANCIEN

Les impensables confrontations du religieux et du fantasmagorique

Conférence du 4 décembre 2019 par Gérard Saccoccini.

 

Issu d’une famille originaire d’Aix-la-Chapelle (Aken en néerlandais), Bosch était prédestiné à devenir peintre car son grand’père Jan et son père Anthonis van Aken exerçaient ce métier et se fixèrent à ‘S-Hertogen Bosch où il naquit.

Il y fut reçu membre de l’Illustre Confrérie de Notre-Dame et épousa en 1478 Aleid van de Meervenne, riche aristocrate qui lui apporta l’aisance financière et un statut social plus élevé. Il travailla pour les plus importants notables de sa ville, pour Philippe-le-Beau et pour la famille Grimani de Venise, ville où il a séjourné entre 1499 et 1502.

Avec sa verve mystique moyenâgeuse, Jérôme Bosch inscrit dans des paysages ses compositions extraordinaires de mouvement, attestant ce besoin très hollandais de recourir à la nature pour situer ses sujets !Son goût profond pour les diableries, visions infernales et scènes d’apocalypse, est à l’origine d’un vocabulaire pictural qui prend au pied de la lettre les dictons populaires EN LES DONNANT A VOIR ET NON PLUS A LIRE !

Sa personnalité est aussi énigmatique que son œuvre est extraordinaire. L’une et l’autre s’expliquent pourtant en partie par le contexte historique et culturel du 15ème s. finissant et du début du siècle suivant.

La complexité de ses mises en page le rapproche des milieux humanistes de la pensée d’Erasme et de Thomas More. Le Jardin des Délices, à l’instar de l’Utopia, présente une vision de ce que le monde pourrait être s’il n’avait été corrompu par le Mal. Si la lecture (ou plutôt le décryptage) paraît ardue, de récentes recherches l’analysent comme une banque d’images-souvenirs destinée à instaurer la réflexion entre les membres de la cour dans le but de les former à leurs futures fonctions de gouvernants.

Le Brabant en crise et les signes avant-coureurs de la Réforme, alors que s’épanouit à Malines une cour raffinée d’inspiration méridionale, constituent la toile de fonds de sa vie.

 

70 ans plus tard, au milieu du XVI° siècle, Bruegel l’Ancien réalisera avec une extraordinaire originalité la synthèse des influences de l’art italien aux Pays-Bas et du patrimoine flamand avec les expressions locales des terroirs hollandais. Il reprend largement la verve fantaisiste de Bosch et l’exploite avec un sens supérieur du réalisme des sujets et une nature moralisatrice qui s’accordent à ces temps de luttes religieuses.

Considéré comme une des principales figures de l’Ecole d’Anvers et grand maître de l’Ecole flamande, il est né vers 1525 près de Breda. La date de sa mort, en 1569 à Bruxelles, dans les Pays-Bas espagnols, définie « medio aetatis flore » (dans la fleur de l’âge), soit entre 35 et 45 ans à l’époque, a donc permis d’évaluer celle de sa naissance.

Elève de Pieter Coecke van Aelst, dont il épousa la fille, Mayken, il fit en 1552 un voyage à Rome puis se livra à une importante activité de graveur et dessinateur dans son atelier de Bruxelles. Contemporain de Charles-Quint, il vécut le partage de l’empire et sa peinture livre des compositions fourmillant de personnages dont les actes moralistes caricaturent le quotidien de l’homme, comme ce détail du tableau Les Jeux d’Enfants. La caricaturale Tête de Paysanne procède de certains retours à l’héritage des visions et des « diableries » de Bosch qui ramènent à prendre conscience de l’absurdité de la condition humaine.

 

Dans la société de la fin du Moyen âge, au seuil des temps modernes, la profession de foi populaire était contaminée par la superstition. L’image étant plus suggestive que les mots, l’enfer de Bosch est même plus effrayant que celui des prédicateurs.

 

Les œuvres de Bruegel, avant la réforme de la peinture et du goût des collectionneurs, constituèrent les PREMIERS EXEMPLES DE LA PEINTURE DE GENRE.

 

Avec leur sensibilité et leurs différences, faisant fi de l’absurde, ou l’utilisant à l’extrême, autant Bosch que Bruegel se sont attachés à tenter de peindre les hommes vus de l’intérieur et non tels qu’ils apparaissent.

 

La psychanalyse peut y déceler le langage de l’inconscient.

Le surréalisme des scènes conduit à celui du visionnaire.

 


 

Les châteaux du désert

Jérash

Jourdain (baptème de Jésus)

Qasrr Al-Hallabat

ROYAUME DE JORDANIE

LES RACINES D’UNE NATION

Gérard Saccoccini

 

 

Dix mille ans avant notre ère, l’homme se sédentarisa dans la vallée du Jourdain, pratiquant la chasse et la cueillette, puis cultivant le blé et l’orge et domestiquant la chèvre, le mouton et le porc.

Entre les sites bibliques de la Mer Morte et de la Mer Rouge, envahie aux trois quarts par les sables du désert et longtemps peuplée de tribus nomades, la Jordanie est la charnière entre l’Orient et le monde méditerranéen.

Ici se superposent les strates de nombreuses civilisations et leurs splendides vestiges comptent parmi les plus importants du Moyen Orient, répartis de part et d’autre du fleuve.

Les sites archéologiques comme celui d’El Behida livrent aujourd’hui de précieux témoignages sur l’habitat, les modes de vie et l’outillage des hommes qui précédèrent, depuis le néolithique, les peuples actuels. A l’emplacement des villes englouties, sous les strates superposées des civilisations ultérieures et sur les vestiges laissés par le passage des conquérants, les oliviers millénaires, symboles immémoriaux de la vie, inscrivent dans le ciel l’histoire des peuples des cités disparues qu’ils exhument des entrailles de la terre.

 

Fertilisée par le ruban vert du Jourdain, la Jordanie offre l’alternance de ses douces collines, des roches violettes et noires, des plateaux fertiles et des rives du fleuve sacré sur les berges desquelles s’égrènent les témoignages des actes du Christ, comme l’église de la multiplication des pains et des poissons à Tabgha, au bord de la mer de Galilée. Jusqu’aux grès rouges tabulaires du Wadi Rum, depuis Jérash la romaine, en passant par Amman la blanche et les châteaux omeyyades, par les forteresses des croisés et les sables dorés du désert décrit par Lawrence d’Arabie dans Les Sept Piliers de la Sagesse, puis enfin Pétra la rose et le Mont Nebo, terme de la marche de Moïse vers la Terre promise, le vent de l’Histoire raconte les grandes périodes d’un passé omniprésent.

La nature, creusant, fracturant, polissant la roche par la tectonique et l'érosion, a façonné, au cours des millénaires, les formations que l'on peut voir aujourd'hui, qui subjuguèrent Lawrence d’Arabie découvrant le Wadi Rum, autre point d'orgue d'un voyage en Jordanie.  Puis vinrent les hommes et leurs combats résonnent encore dans les convulsions des orages roulant dans les gorges, portant l’écho du brouhaha des caravanes ou le fracas des combats des guerriers indomptables qui reconquirent les Terres Franques d’Oultre Jourdain ou de ceux qui firent la révolte arabe de 1916.

 

Périodiquement bouleversée par le passage des conquérants Assyriens, Perses, Grecs, Séleucides, Romains, Byzantins, Croisés, ravagée par les affrontement entre Ottomans, Egyptiens, Arabes, Fatimides, la Jordanie qui ne compte guère plus de cinquante années d’existence, a dû définir son identité dans le vaste cadre de l’histoire plusieurs fois millénaire de la naissance de nos civilisations.

 

"Welcome to Jordan", lance-t-on aux voyageurs arrivant en Jordanie. Cette "bienvenue" n'est pas un vain mot : rompant avec l'image récurrente d'un Proche-Orient en proie à une violence perpétuelle, le Royaume hachémite, dans le respect de la tradition bédouine, est un des pays les plus hospitaliers qui soit.

Amman

Pétra

Mont Nebo

Wadi Rum

Lawrence

En 1894, Zita est sur les genoux de sa mère Maria-Antonia de Bragance, duchesse de Parme, au centre.

Le mariage de Zita et Charles, 21 octobre 1911

Le roi Charles IV de Hongrie, avec Zita et le dauphin Otto. Portrait de couronnement à Budapest, 1916.

Charles et Zita d’Autriche en exil à Madère

Zita de Habsbourg et ses enfants en 1920, durant leur exil en Suisse.

Zita, reine de Hongrie

dernière impératrice d’Autriche,

l’ultime exil

 

 

21 octobre 1911 !

Ce jour-là, Charles de Habsbourg épouse la jeune et belle Zita, fille du duc Robert de Bourbon-Parme, la quinzième d’une fratrie de vingt-quatre enfants.

Radieuse, toute à son bonheur, elle n’a sans doute pas envisagé que cette union pourrait un jour la destiner à devenir impératrice d’Autriche.

Après la disparition dans le drame de  Mayerling de Rodolphe, l’héritier impérial, c’est l’archiduc François-Ferdinand qui doit succéder à son oncle, le vieil empereur François-Joseph, âgé à l’époque de 81 ans. Nul ne peut alors imaginer sa disparition tragique qui sera l’élément déclencheur de la Première Guerre Mondiale.

Lorsque François-Joseph s’éteint, le 21 novembre 1916, Zita n’a que vingt-quatre ans. En coiffant la couronne impériale, son époux fera d’elle la nouvelle impératrice.

Et la dernière…

Car tout bascule le 28 juin 1914 avec l’assassinat de François-Ferdinand. C’en est fait de la douceur de vivre dans l’empire austro-hongrois. Précipité dans une tourmente qui va affecter le monde entier il ne s’en relèvera pas, annihilé dans une guerre meurtrière de quatre ans, la Première Guerre Mondiale qui fera des millions de morts.

Zita va vivre courageusement les premières années de guerre dans lesquelles Charles prend part aux combats sur les fronts de Galicie, de Pologne, d’Ukraine et du Tyrol.

Mais alors que le conflit gagne en violence, le vieil empereur épuisé s’éteint le 21 novembre 1916, au plus fort de la tourmente, après un règne de 68 ans.

 

La cérémonie d’investiture de succession dynastique est hâtivement préparée et le couronnement comme roi de Hongrie a lieu à Budapest, le 30 décembre 1916.

Conscient qu’il faut arrêter la guerre par tous les moyens, Charles tentera une médiation auprès des chancelleries de l’Entente par de sages propositions. Elles seront malheureusement rejetées par le gouvernement Poincarré et l’intransigeance italienne. De plus, la tentative éventée va déclencher la fureur des membres pro-allemands du gouvernement qui accusent Zita d’influencer son époux. La cabale contre elle enfle avec violence, portée par le mécontentement d’un peuple en déshérence, soumis aux frustrations, aux affres de la misère et de la famine, et bientôt décimé par une terrible épidémie : la grippe espagnole.

Sur les fronts les pertes humaines sont effroyables, les glorieux régiments impériaux ne sont plus que des éléments disloqués d’une machine qui s’est enrayée en broyant des milliers de vies. C’est la fin d’une époque. L’empire agonise.

Le 11 novembre 1918, jour de l’armistice mettant fin à la Première Guerre Mondiale, Charles signe le décret de renonciation aux affaires de l’empire mais refuse d’abdiquer. La république est proclamée le 13, marquant le début de l’exil.

 

La première étape de cette longue errance sera Rorscharch, sur le lac de Constance, oùla famille s’installe au château de Wartegg, puis à Prangins sur le lac Léman.

Après la tentative avortée du 21 octobre 1921, pour reconquérir le trône de Hongrie, la conférence réunissant les ambassadeurs des pays de l’Entente décide la déportation des souverains déchus sur l’île de Madère où le Portugal accepte de les accueillir. Les enfants rejoignent le couple et Charles, dépourvu de tout revenu, accepte la proposition du banquier Machado d’installer sa famille à la Quinta do Monte.

Ce sera son dernier refuge. Sur ce  plateau d’altitude, fréquemment enveloppées de nappes de brouillards humides,  il contractera la pneumonie qui va l’emporter à l’issue d’une interminable agonie. Le 31 mars les médecins le déclarent perdu. Il reçoit la communion et demande que  le petit prince héritier Otto, âgé de neuf ans, soit introduit dans sa chambre « afin qu’il voit comment un chrétien retourne à son Créateur ».

Plus tard, parlant de sa mère, Otto dira  « ce fut la dernière fois que je la vis dans un vêtement de couleur ». Le lendemain, à 12 h 23 minutes, le dernier empereur d’Autriche, roi de Hongrie, rend son dernier soupir : il a trente-quatre ans.

 

Après la cérémonie des funérailles, émouvante de simplicité, la présence de Zita à Madère n’a plus de raison d’être. Elle attend son huitième enfant et arrive au terme de sa grossesse. Le roi d’Espagne Alphonse XIII a proposé d’accueillir la jeune veuve et ses sept orphelins au palais du Pardo à Madrid.

Puis la longue errance reprend dans le plus complet dénuement. Zita s’installe dans le village de pêcheurs de Lekeitio, sur la côte de Biscaye au Pays basque espagnol. 

Elle donne à ses enfants une éducation chrétienne en allemand, dans le strict respect de l’étiquette de cour autrichienne, et leur apprend le hongrois, le français et l’anglais.

 Soucieuse de préparer le jeune Otto à son avenir : elle l’inscrit à l’université de Louvain et installe la famille au château de Ham. Le répit sera de courte durée.

Le 9 mai 1940, l’armée allemande envahit la Belgique. Zita boucle de nouveau ses malles et s’installe au Québec, vivant chichement des conférences qu’elle donne.

La guerre terminée, elle s’installe, à Tuxedo (New York), puis au Luxembourg. auprès de sa mère, la duchesse Maria Antonia et ce jusqu’à la mort de celle-ci.

En 1962, elle pose enfin ses bagages à Zizers, en Suisse, dans une maison de retraite pour religieuses où elle passera le reste de sa vie, sans jamais manquer un mariage, un baptême, une fête ou une cérémonie de sa nombreuse famille.

 

Le 14 mars 1989, la dernière impératrice d’Autriche s’éteint à l’âge de 96 ans.

La cérémonie funéraire prend place en la cathédrale Saint-Etienne de Vienne. Cent cinquante mille autrichiens se sont massés sur le passage du catafalque en route pour la crypte des Capucins, nécropole impériale et terme de sa longue errance et de son exil.

L’extraordinaire grandeur d’âme de cette femme exceptionnelle, pénétrée d’une foi inaltérable et des principes de son éducation chrétienne se révèle dans cette confidence  qu’elle fit, longtemps après la mort de l’empereur son époux : « …Nous savions que la guerre ne pouvait avoir qu’une triste fin et Karl a donc essayé de trouver une formule pour l’arrêter, mais n’y a pas réussi. En ce qui me concerne, maintenant, après tant d’années, je ne ressent que de l’amour pour tous ceux qui nous ont méprisé, parce qu’ils ont été trompés. Ils ne savaient pas ce qui se passait véritablement ».

Tant de grandeur, tant d’abnégation, nous font prendre conscience que même la mort ne pouvait séparer ce couple fusionnel.

Zita repose à Vienne auprès du cénotaphe de son époux. Charles repose à Madère, en l’église de Notre Dame do Monte.

 

Aujourd’hui, leurs deux cœurs déposés au monastère de Muri en Suisse, sont enfin réunis pour l’éternité, mettant un terme à cet ultime exil.

 

François-Joseph Ier d'Autriche

Rodolphe (Mayerling)

L'archiduc François-Ferdinand d'Autriche et Sophie de Hohenberg, une heure avant l'attentat de Sarajevo

Charles Ier

L'église Nossa Senhora do Monte où repose Charles Ier. (Madère)

    

Carnet de Voyage

 

ARMÉNIE ÉTERNELLE, LA MÉMOIRE D'UN PEUPLE

 

(condensé de la Conférence inaugurale de la saison 2019/2020 qui a réuni une centaine d'amis de l'Association Tourrettes Héritage ce 9 octobre 2019)

 

Gérard Saccoccini

 

 

Réunis pour un périple du 15 au 23 mai 2018, nous avons découvert avec quelques amis  les mille visages d’un pays fascinant, riche en temps forts et en émotions. Des ruines de la cité ourartéenne de Zvartnots jusqu’au monastère de Sourp Ghégard (la Sainte-Lance qui perça le flanc du Christ), un deshauts lieux de la spiritualité, nous avons traversél’univers minéral des hauts plateaux arides, où les vallées profondes déchirent le sol de leurs cicatrices béantes et où les crêtes rocheuses acérées, en équilibre sur les versants vertigineux, éventrent le ciel.

Nous avons aussi découvert un peuple écartelé entre deuil et renaissance. Un peuple qui s’accroche à son histoire vieille de 3000 ans et à une terre minuscule et improbable perdue au milieu du Caucase.

 

Chère au cœur des arméniens, Erevan fut fondée huit siècles avant Jésus-Christ sur les ruines de la cité ourartéenne d’Erebouni. Elle est ainsila plus vieille cité au monde ayant pu documenter la date de son établissement. Yerevants : c’est apparu (cela s’est accompli) !  C’est en prononçant ce mot que Noé aurait pris pied sur la terre du Mont Ararat au troisième jour après la fin du Déluge,

Avec la cathédrale d’Etchmiadzine, siège de l’Eglise apostolique arménienne, une des premières églises chrétiennes au monde, le musée mémorial du génocide arménien constitue le premier temps fort du voyage et nous rappelle que ce pays est plus une identité qu’une entité géographique. Avant que n’ait été perpétré ce crime contre l’humanité, combien de peuples tentèrent de réduire cette nation ? Assyriens, Perses, Grecs, Romains, Arabes, Seldjoukides, Ottomans et Russes ne purent jamais occulter la volonté opiniâtre de ces gens de préserver contre vents et marées leur culture et leur religion.

Ici le vent de l’Histoire raconte la mémoire occultée, la dispersion, l’exil, les structures détruites et les guerres perdues. Le mot « immuable » semble banni de ce sol, ou ne pourrait qualifier que cette volonté farouche d’exister, avec la douloureuse conscience qu’il n’y a pas dans les guerres d’autre vainqueur que la mort. Confronté à cette extraordinaire volonté de survivre, ces mots de l’écrivain William Saroyan me sont revenus en mémoire ; « Envoyez-les dans le désert. Laissez-les sans pain ni eau. Brûlez leurs maisons et leurs églises. Voyez alors s’ils ne riront pas de nouveau. Car il suffirait que deux d’entre eux se rencontrent, n’importe où dans le monde, pour qu’ils créent une nouvelle Arménie. » Arménie éternelle !

 

Le deuxième temps fort du voyage fut le récital de piano préparé avec la pianiste virtuose Arminé Soghomonian qui nous enchanta avec ses interprétations magistrales de Komitas, Chopin, Katchaturian et Rachmaninoff. Une très grande artiste rencontrée grâce à Dominique Genin, organisatrice d’un concert à quatre mains, dans la chapelle Saint Barthélémy de Montauroux, où Arminé s’était produite avec sa sœur Anaït, autre pianiste virtuose. Un autre grand moment d’émotion qui rappela que la musique est un art majeur, source de rassemblement collectif et de partage.

 

Depuis la vallée fertile au pied du Mont Ararat jusqu’au lac Sevan, par des routes qui flirtent avec le ciel,  s’enchaînent les vues de cartes postales : les vignobles et les riches vergers où domine l’abricotier, les caravansérails imposants, les stèles médiévales de pierre rouge appelées « khatchkars », les églises érigées ou excavées de l’âge d’Or, les stupéfiants monastères et la symphonie minérale des ensembles mégalithique de pierres dressées de Zorats Karer !

Au monastère de Tatev, nid d’aigle d’une beauté à couper le souffle à plus de 1500 mètres d’altitude, prend place le troisième temps fort de ce voyage. Le paysage de montagnes verdoyantes parfois couvertes de neige est somptueux. Autrefois difficilement accessible, on y arrive aujourd’hui par le plus long téléphérique bi-câble du monde ! Le murmure des sources dans les gorges sauvages souligne le silence et la sérénité du lieu.

A notre arrivée, dans l’abside de l’église, un buisson ardent de cierges brasillait dans la pénombre, lourde des voiles épais de l’encens. Venu du ciel de l’autel, le rai lumineux qui la traversait me fit penser à ce rite antique des fumigations odoriférantes pour flatter les narines des dieux par les effluves traversant la fumée : per fumum, l’origine latine du mot parfum.

Dans l’obscurité, derrière la barrière du chœur, se tenait une silhouette noire coiffée du saghavart, dont la barbe encadrait un visage grave mais juvénile dans lequel brillaient deux aigues marines : les yeux du père Michel, le prêtre qui avait choisi de se consacrer à ce monastère. Et d’y vivre.

Un regard impérieux et plein de bonté, à la profondeur insondable. Un regard de passeur qui avait la couleur des profondeurs marine et du rai de lumière bleue traversant l’espace.

J’ai pensé à l’Annonciation du Prado, de Fra Angelico, dans laquelle l’éclair de lumière qui inonde la Vierge jaillit de la main de Dieu et irradie l’espace.

J’ai pensé à la volonté de ce peuple, à la force irrépressible de son attachement à sa foi.

J’ai pensé que pour que ce pays ne soit pas la sépulture de la mémoire, il fallait maintenant écrire son histoire. La vraie, celle qui écarte les mensonges de la raison d’état et le seul récit des vainqueurs.

 

 

 

Anaït Soghomonian s'est produite en concert à Montauroux le 1er septembre 2018.

Un très beau livre : Erevan – Gilbert Sinoué – Flammarion (2009)

Un film d’archives : Mayrig d’Henri Verneuil (Achod Malakian) - 1991